Viscose de bambou: beau mais pas bio?

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Dernièrement je me suis acheté un joli pantalon souple, dans une célèbre enseigne d'articles de sport -que je ne nommerais pas- et qui fait du "nature" son principal argument de marketing, pour encapsuler ses produits avec une jolie teinte "écologique". J'ai envie de dire éco-démagogique. Et ça marche: pourtant vigilante aux assertions des marchands de vert qui pratiquent le green washing à tout va, j'ai plongé. Mais j'ai vérifié...

J'ai vérifié car j'étais tout contente d'apporter une information sur ce nouveau textile de fibre naturelle, moi qui ne supporte pas le synthétique, et qui désespère de voir les vêtements de laine ou de coton se raréfier.

Beau mais pas si bio

Le textile "viscose de bambou" est très agréable: doux, souple, fin, donné pour posséder un effet rafraîchissant... Jusque-là, un sans faute. Il permet de belles couleurs: je ne sais pas encore si elles tiennent bien.

En revanche, côté fabrication, reste à prouver que c'est "bio". Et les fabricants ne sont pas prolixes en la matière: sous couvert de "secret de fabrication", ils se gardent bien de donner des détails sur les méthodes de fabrication de la viscose de bambou.

Cet article n'a pas vocation à percer leurs secrets. Mais voici quelques informations utiles, qui vous permettront de vous faire une opinion, et de ne pas vous jeter tête baissée sur ce joli Tee-shirt bambou qui vous faite de l'œil, au rayon "vêtements nature".

Fabrication de la viscose de fibre végétale

Tout d'abord, la fabrication de la viscose: ce textile est tissé à parti d'une fibre obtenue en triturant de la cellulose végétale. Qu'elle soit extraite de bambou, ou de tout autre végétal.

Par trituration, entendez qu'il aura d'abord fallu extraire la matière première du végétal en question. Ensuite, il faut préparer cette matière première pour permettre sa transformation en fibre. C'est ensuite seulement que le textile est produit, en tissant la fibre de viscose obtenue. Notez qu'on fabrique aussi de la viscose à partir de pétrole: moins fun, et non renouvelable contrairement aux végétaux.

Extraction de la cellulose végétale

Les végétaux utilisés sont généralement des arbres: épicéa, eucalyptus ou hêtre.
L'utilisation du bambou est très récente, et inspirée par les chinois (inventeurs de notre papier actuel).

Avantage: bambous

Une inspiration intelligente d'un certain côté: les bambous poussent très vite, jusqu'à 1 mètre par jour pour certaines espèces. Là ou un arbre va mettre plusieurs décennies: un avantage économique considérable quant à la matière première qui va fournir la cellulose. La plante consommerait moins d'eau que le cotonnier, se cultive sans engrais ni pesticide, et de par sa croissance rapide, consomme une grande quantité de CO2 (gaz à effet de serre). Tout bénéf' pour l'écologie et l'économie.

Extraction polluante pour plante dépolluante

Seulement voilà, si écolo soit-il, le bambou devient très polluant si on veut en faire de la viscose. Les traitements chimiques nécessaires à son obtention ont font une fibre artificielle, produite à partir de matière végétale naturelle. La chimie tient une grande place.

Le bambou est déchiqueté (seulement les tiges) en copeaux qui seront cuits dans une solution chimique: cette mixture permettra d'obtenir une feuille (un  peu comme la fabrication du papier). La feuille est à nouveau dissoute par des produits chimiques qui vont la transformer en fibre textile: soude, sulfure ou acétone, vous avez le choix. Que du bon!

Entre le broyage, la cuisson, la dissolution et le filage, le processus est déjà coûteux pour l'environnement.

Par ailleurs, le rendement de la fibre de bambou est faible:

  • 1 kilo de fibres de bambou produit 400 grammes de fil: moins de la moitié de son poids,
  • 1 kilo de fibres de coton produit 900 grammes de fil: 90% de son poids.

Soit dit en passant, le procédé vaut pour les autres végétaux. La transformation d'un produit, quel qu'il soit, est toujours coûteuse, mais nécessaire: la feuille de vigne de papa Adam et maman Eve ne répond plus à nos nécessités.

Ne pas crier haro sur le bambou

Reste qu'il ne faut pas pour autant dénigrer la viscose de bambou. Ses avantages et qualités sont certaines. Mais nous pouvons encore améliorer nos méthodes pour les rendre le moins coûteux possibles, et compenser au plus certains inconvénients par les avantages. Ce que nous devons, faire, c'est choisir en consommateurs conscients, pas en grands enfants qui se laissent séduire par les sirènes de l'économiquement bio...

Donc, si on vous dit que s'habiller en bambou, c'est écologique: n'en croyez rien. Cela peut être sympa, agréable, et pas toujours très cher. Mais vérifiez bien avec quel bambou on vous habille: 100% bambou? Mélange bambou / soie, bambou / coton? Et obtenu avec quels solvants? Comment sont traités les déchets polluants de l'usine de fabrication? Etc.

Nous reviendrons sur le sujet, car il y a encore des choses à dire...

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